MALADIES ENDEMIQUES
1 – Définitions
Une endémie est une maladie enracinée dans une région, un pays, un continent, voir la terre entière. Cet enracinement est dû à la présence d’un réservoir de germes qui fixe l’agent pathogène en une zone donnée, permet sa conservation et auprès duquel l'homme se contamine.
Une épidémie est caractérisée par la survenue d’une maladie dont le nombre de cas est supérieur au nombre attendu pendant une période donnée et en un lieu donné.
Une pandémie correspond à la même définition, sans la limite du lieu.
Il faut dépasser un seuil déterminé avant de parler d’épidémie : il s’agit alors d’endémo-épidémie (exemples : grippe épidémique, choléra, méningite cérébro-spinale à méningocoques).
Le concept de Grande Endémie est né en Afrique subsaharienne et les grandes endémies sont surtout enracinées sur le continent africain.
2. Les facteurs d’enracinement des endémo-épidémies
* Des conditions géographiques, climatiques et écologiques particulières permettent la prolifération et la diffusion des vecteurs et des hôtes intermédiaires intervenant dans les cycles épidémiologiques. Le plus souvent, l’homme est le principal réservoir de germes. Quelques exemples :
- les moustiques vecteurs transmettent par piqûre l’agent pathogène du paludisme (Anophèles et plasmodium) ; la fièvre jaune (Aèdes et virus amaril)
- les hôtes intermédiaires (HI) : l’agent pathogène effectue une évolution biologique chez un HI : (bilharzioses : mollusques et schistosomes)
Le couple homme-vecteur, homme-hôte intermédiaire constitue le réservoir de germes.
Ces infections sont inféodées à l’eau, à la température (en général comprise entre 25°C et 30°C), avec un risque d’extension si la température augmente de 3 à 5°C (le paludisme et le risque d’extension dans les régions d’altitude). Les conditions nécessaires de chaleur, d’humidité et de pluviométrie font que ces endémies sévissent dans la zone intertropicale, entre les tropiques du Cancer et du Capricorne.
* Le sous-développement est un autre facteur d’enracinement en ce qui concerne les maladies à transmission interhumaine directe. Le manque d’hygiène individuelle ou collective, la concentration des populations en milieu péri-urbain et dans les camps de réfugiés, les difficultés d’accès à l’eau potable, la malnutrition, l’insuffisance des actions de lutte favorisent la transmission et la diffusion des germes.
C’est le cas :
- des maladies du péril fécal : choléra, shigelloses, poliomyélite, hépatite à virus A,
- des maladies à transmission aérienne : infections respiratoires aiguës, tuberculose, rougeole.
3 – Les objectifs des programmes de lutte
La maîtrise des endémies vise à réduire la morbidité et la mortalité d’une maladie à un niveau supportable, mais l’endémie persiste et reste un problème majeur de santé publique. Quelques exemples : paludisme, infections respiratoires aiguës, tuberculose, choléra, fièvre jaune, infection à VIH/SIDA
Le contrôle des endémies vise à réduire le taux de morbidité et de mortalité à un niveau supportable, mais l’endémie persiste et reste un problème de santé publique. Exemple : le tétanos néo-natal avec un taux de mortalité < 1/1000.
L’élimination des endémies vise à réduire la morbidité et la mortalité à un niveau tel que la maladie n’est plus un problème de santé publique. Exemple : la lèpre avec une prévalence < 1/10 000)
L’éradication ou disparition complète et définitive d’une endémie : la variole est la seule maladie actuellement éradiquée (dernier cas en Somalie en 1977).
4 – Les stratégies de lutte
Il n’y a pas de modèle unique de stratégies de lutte, la plupart des stratégies associent plusieurs moyens :
- l’éducation pour la santé,
- le dépistage/traitement : la médecine mobile, les techniques de diagnostic (tests de diagnostic rapide), les nouveaux médicaments (ivermectine, dérivés de l’artémisinine),
- les vaccinations,
- la chimio prophylaxie : limitée au paludisme et en pratique à la prophylaxie des femmes enceintes autochtones et des expatriés,
- la lutte anti vectorielle individuelle et collective,
- l’assainissement et l’aménagement de l’habitat pour lutter contre le péril fécal.
5 – L’évolution des grandes endémies au début du XXIe siècle
L’évolution actuelle permet de les classer en plusieurs catégories :
- endémies persistantes : il n’y a pas de progrès en termes de diminution de morbidité et de mortalité (paludisme),
- endémies en recrudescence : les moyens de lutte ont montré leur efficacité, mais ils ne sont plus appliqués (Fièvre jaune, Maladie du sommeil),
- endémies en extension : il y a une aggravation progressive de la situation (schistosomiases, choléra, tuberculose liée au sida, dengues avec le risque vital de dengue hémorragique et de dengue avec syndrome de choc),
- endémies récemment émergentes et en extension : infection à VIH/SIDA, hépatite à virus C, fièvres hémorragiques virales (mais il faut noter leur relative faible incidence, même en période épidémique)
- endémies en régression qui ne représentent plus un grand problème de santé publique : poliomyélite, tétanos néo-natal, filarioses lymphatiques, lèpre, et très récemment rougeole.